A vous les mamans adoptantes et au désir de cet enfant du bout du monde

woman holding red heart, health insuranc

Ayant adopté depuis peu, j’ai ce sentiment d’avoir parcouru une longue traversée à la nage de 6 ans et d’avoir atteint le rivage non sans difficultés pour atteindre mon but. Et mon but c’était enfin de pouvoir rencontrer mon enfant et de le serrer dans mes bras. En me retournant, je n’oublie pas celles et ceux qui attendent leur tour…

Chers hommes, je ne vous oublie pas dans ce désir, mais je voulais pointer la maternité dans mon récit. 

S’il est connu de parler du bébé tant attendu lorsqu’il y a grossesse, il est très peu évoqué l’attente et le désir d’enfant dans l’aventure de l’adoption. Lorsque je pose ces mots, j’ai envie ou besoin de le faire en pensant à ces femmes, qui vivent ce moment, ou devrais-je plutôt dire « subissent », l’attente de leur enfant tant désiré. Depuis quand ? Des heures, des mois, des années. La plupart du temps, il y a plusieurs années de vie de couple ou de mariage, puis le rêve d’un bébé qui ne s’est malheureusement pas invité. Souvent, l’aventure des traitements qui n’ont pas fonctionné et tout ce chemin pour arriver au désir d’aimer un enfant du bout du monde.

Lorsqu'il y a grossesse, la femme est reconnue par ses pairs grâce à son ventre et par cette magie que dégage ce don de donner la vie. Le test de grossesse positif fait place à ce petit être qui grandit au fil des semaines. Tout cela aboutit finalement à l’accouchement et à l’accueil de ce bébé tant désiré. Mais qu’en est-il lorsque le projet d’enfant ne se voit pas et qu’il se vit de l’intérieur en restant totalement abstrait et invisible pour la majorité du monde ? Chez nous, le test de grossesse peut représenter le départ de notre agrément (après de nombreuses enquêtes et démarches administratives) et celui-ci ne dure pas 9 mois, mais peut s’étendre réellement sur plusieurs années.

Ces femmes, je les ai connues dans notre parcours d’adoption et elles font partie pour la plupart de mon réseau de cœur. On ne le répétera jamais assez : même à notre époque, l’adoption reste réellement un parcours du combattant. Au terme de ce long parcours et à la suite de nombreuses démarches (3 à 6 ans pour certains), le téléphone a sonné pour plusieurs d’entre nous. Mais pour d’autres, le chemin est devenu sinueux. Cette lettre ouverte est un cri du cœur pour parler de l’histoire de ces femmes et ce désir d’enfant peu reconnu, alors qu’il fait partie à part entière d’un projet de maternité. On peut être mère avant de l’être et c’est le cas pour ces guerrières. Pour moi, elles sont déjà « maman ». Des mamans en devenir, des mamans en attente. Chaque matin, ces femmes se lèvent et leur première pensée est celle de leur enfant. Elles iront travailler, accompliront leurs tâches quotidiennes, toujours dans la même attente de cette sonnerie de téléphone. Attendre avec philosophie, attendre à en pleurer, attendre à en étouffer par moment, attendre avec amour et colère parfois. En ce moment, la vie pour plusieurs d’entre elles, c’est attendre… Dans ce cheminement, leur ventre ne se remplit pas. Ce sont leur tête et leur cœur qui sont remplis d’amour un peu plus chaque jour pour un enfant, dont elles ne connaissent pas encore le visage.

La chambre est choisie, parfois servant de bureau, elle peut se montrer vide ou en cours de préparation. Elle accueille tous les rêves que ces mères se sont projetés. Fille ou garçon, on ne le sait pas… Mais cette pièce est imprégnée de projections aussi douces les unes que les autres. Ces chambres aussi elles attendent… les jouets, les livres, le lit douillet. Bref, tout semble refléter le calme et je prie l’univers pour que de petites tornades investissent bientôt ces lieux.

Sachez, Chères Mamans en devenir, que je continue toujours d’y croire pour vous. Et j’attends moi aussi, tout comme votre entourage, de recevoir votre téléphone, vos messages, un signe de la vie, un feu vert pour que votre rêve se réalise. J’attends de vous visiter, de rire et de pleurer avec vous à l’arrivée de votre petit(e). J’attends la joie de voir nos enfants jouer ensemble, de pouvoir partager et échanger sur notre aventure commune.

Alors à travers ces mots, j’ai envie que votre attente soit reconnue, que ceux qui ne connaissent pas la complexité du désir d’enfant dans l’adoption, réalisent comme cette aventure est belle, mais si longue à traverser. Écrire, c’est aussi un moyen d’exprimer mon soutien, mais aussi ma révolte face à aux administrations, à la corruption et à cette foutue horloge du temps qu’on ne peut pas contrôler. Pour plusieurs d’entre vous, je ne parlerai pas de l’injustice et des deuils que vous avez dû vivre, mais sachez que je les reconnais. C’est aussi une lettre ouverte à la société, aux familles, aux amis, aux collègues de tous ces couples qui attendent leur enfant du bout du monde. Faites place à la reconnaissance de ces mamans adoptives, qui, comme les femmes enceintes, attendent de pouvoir aimer, accueillir, toucher et accompagner leur enfant, comme un bébé qui vient au monde.    

                             

Avec toute ma tendresse

Marie

© 2020 Marie Rosset -  Créé avec Wix.com

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